14 mars, 2018

Le sort des espions: Theresa May a-t-elle fait empoisonner Skripal ?

Classé dans : international — dompaul @ 13:15

A londres, un nouvel assassinat vient d’être tenté sur un ancien colonel de l’armée russe, Serge Skripal, et sur sa fille,  au moment où celle-ci était venue de Russie pour lui rendre visite. Celui-ci, accusé d’espionnage au profit du Royaume-Uni, avait été gracié par le président de la Fédération de Russie et était libre de ses mouvements.
Cet assassinat, présenté par les Anglais et les Américains comme l’oeuvre des Services spéciaux russes, tombe très mal pour le Président Poutine au moment des élections présidentielles dans son pays. En revanche, il tombe à pic pour les Anglo-Saxons qui ont engagé un bras de fer avec la Russie en Ukraine et en Syrie.
Il y a un vieil adage du droit pénal romain qui dit: « cherche à qui le crime profite ». Et, depuis toujours, la « perfide Albion » n’a jamais reculé devant l’élimination physique, uniquement pour faire croire que les auteurs de leurs crimes étaient les Français, les Allemands ou les Russes. C’est ainsi qu’ en 1419, le duc Jean Sans Peur a été abattu sur le pont de Montereau par Tanneguy du Châtel, un seigneur stipendié par Henri V, roi d’Angleterre, désireux d’éviter la réconciliation franco-bourguignonne. Le crime a été attribué au dauphin, qui était présent mais n’a pas eu le temps d’intervenir pour protéger le duc, et la guerre civile a continué en France pour le plus grand bénéfice des Anglais.

Idem en 1821, quand ils ont empoisonné Napoléon à Sainte-Hélène pour se débarrasser définitivement d’un personnage encombrant en faisant courir le bruit que c’était un sbire des Bourbons qui avait fait le coup, Ibidem,  quand Churchill, qui n’a pas hésité à couler la flotte française à Mers-el-Kébir (3 juillet 1940) et à faire raser Audinghen en 1943, a laissé exploser  la même année l’avion du général Władysław Sikorski à Gibraltar pour accuser ensuite les Soviétiques.

Il est dommage que le président Macron ait immédiatement emboîté le pas derrière les Anglais, sans attendre les résultats de l’enquête. Il est vrai que depuis la défaite de Waterloo en 1815, la France est redevenue la vassale de l’Angleterre pour les intérêts de laquelle elle a combattu en Espagne en 1824, en Crimée en 1855, en Chine en 1860, au Mexique en 1861,   puis pendant les deux dernières guerres mondiales.
Dans la revue du centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), on peut lire l’article dont voici quelques extraits:

ROYAUME-UNI : L’ENQUÊTE SUR LA MORT DU TRANSFUGE RUSSE SE COMPLIQUE
NOTE D’ACTUALITÉ N°509 / MARS 2018
par ALAIN RODIER
Le dimanche 4 mars 2018, deux personnes sont trouvées délirantes sur un banc proche
d’un centre commercial de Salisbury, ville située à 140 kilomètres au sud-ouest de
Londres. Elles sont transportées aux urgences de l’hôpital local où un empoisonnement –
peut-être au fentanyl – aurait été détecté (information non encore confirmée). L’une des
victimes est Sergeï Viktotivich Skripal, un ancien colonel russe condamné dans son pays
pour espionnage au profit du MI 6 (renseignement extérieur britannique) et échangé en
2016 contre des membres des services russes arrêtés au Royaume-Uni.. L’autre victime
est sa fille Youlia, âgée de 33 ans, qui lui rendait visite depuis la Russie où elle résiderait
encore. Un policier a également été contaminé en se rendant au domicile de Skripal.
(…)
UN ÉCHANGE ROCAMBOLESQUE
L’arrivé de Skripal en Angleterre s’est en effet faite dans des conditions pour le moins
étonnnantes, décrites dans mon livre Grand angle sur l’espionnage russe .
Le vendredi 9 juillet 2010, une scène surréaliste se déroule sur le tarmac de l’aéroport de
Vienne. Dix officiers-traitants (OT) du SVR, le service de renseignement extérieur russe,
sont échangés contre quatre « traîtres » qui viennent d’être graciés par le président Dimitri
Medvedev après avoir reconnu par écrit leur « faute ». Avant de rejoindre les États-Unis,
l’avion qui emmène les quatre ressortissants de Moscou fait une escale discrète sur
l’aéroport militaire de Brize Norton, en Grande-Bretagne, où deux d’entre eux débarquent
pour être discrètement récupérés par les Britanniques.
C’est un peu une première dans l’histoire de la Russie.(…).

– Sergueï Skripal. Cet ancien colonel des forces armées russes arrêté en 2004 a été
condamné à treize ans de prison en 2006 pour avoir collaboré avec le MI 6. Il aurait peutêtre
appartenu un temps au GRU ou au FSB. Partant du principe qu’il aurait été recruté par
les Britanniques au milieu des années 1990, cela lui a laissé tout de temps de fournir des
informations intéressantes à ses commanditaires.
(…)

LE PARCOURS DU COLONEL SKRIPAL
Né le 23 juin 1951, il a travaillé pour les Britanniques à partir de 1995,
(…) Toutefois, si ses informations étaient aussi sensibles que cela, on
aurait dû assister entre 1995 et 2003 à une vague de « retournements », d’arrestations et
d’expulsions. Curieusement, cela n’a pas été le cas ou, du moins, cela n’a pas été rendu
public, ce qui semble incroyable sur une si longue période.
(…)
Ce qui est quasiment sûr, c’est que Skripal a été muté aux Affaires étrangères en 1999. Il
est vraisemblable que les informations les plus intéressantes qu’il ait pu fournir datent de
cette période où il avait accès à des renseignements plus sensibles. Il a ensuite pris sa
retraite en 2003, mais a continué à travailler dans l’enseignement. Son arrestation en 2004
ne sera reconnue officiellement qu’au moment de sa condamnation en 2006. Sa peine, qui
devait être de quinze ans d’emprisonnement, a été ramenée à treize en raison de sa
mauvaise santé et surtout, parce qu’il avait accepté de collaborer avec les autorités russes.
Comme c’est la règle dans le domaine de la guerre secrète, après un débriefing serré,
Londres qui avait manipulé cette source (et qui se retrouvait obligé de la gérer) lui aurait
accordé un toit à Salisbury, ainsi qu’une pension. Il n’était pas nécessaire de lui fournir une
nouvelle identité puisqu’il avait été officiellement gracié par le président Dmitri Anatolievitch
Medvedev et, de ce fait, était libre de ses mouvements.

UNE TROUBLANTE SÉRIE DE DÉCÈS
L’épouse de Skripal, Liudmilla, est décédée des suites d’un cancer de l’endomètre, en
2012, en Grande-Bretagne. Son fils de 43 ans – malade des reins – est mort lors d’un
voyage à StPetersbourg en 2017. Sa dépouille a été rapatriée en Angleterre où les
autorités n’ont rien relevé de « suspect » dans cette mort soudaine. Il n’empêche qu’au
moins une des deux dépouilles a été exhumée du cimetière de Salisbury le 9 mars 2018,
pour que la médecine légale puisse procéder à de plus amples investigations. Cela semble
un peu étrange car dans le cas de décès de proches d’un ancien agent, la moindre des
choses pour service de renseignement professionnel aurait consisté à examiner les corps
avant inhumation.
Le fentanyl – s’il s’agit bien du produit ingéré par Skripal et sa fille, l’enquête ne semblant
pas aller dans cette direction – est un analgésique 100 fois plus puissant que la morphine.
(…) Les Britanniques qui sont en période de « Guerre glaciale » avec la Russie – pour ne pas reprendre l’expression Guerre froide –  affûtent leurs arguments pour nuire à leur adversaire désigné : « le gouvernement russe » (ils se gardent prudemment de parler de la « Russie »). Leur
ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, a déclaré devant le Parlement: « Si
l’enquête démontre la responsabilité d’un État, le gouvernement répondra de façon
appropriée et ferme (…). Je le dis aux gouvernements à travers le monde, aucune tentative
de prendre une vie innocente sur le sol britannique ne restera impunie« . Sans désigner
Moscou, il a suggéré que la Grande-Bretagne ne se rendrait peut-être pas à la coupe du
monde de football qui aura lieu en Russie, cet été. Il est à noter que si les Américains sont
particulièrement « remontés » contre le Kremlin, ce n’est rien à côté des Britanniques qui
n’ont jamais considéré que la Guerre froide était terminée.
(…) Mais il est bien difficile de voir quel pouvait être l’intérêt de Moscou à se livrer à cette
opération homo, si opération homo il y a eu. Skripal n’était pas le seul « traître » à être
échangé et il ne détenait plus aucune information sensible depuis son arrestation en 2014.
De plus, s’il lui restait quelque chose à dire, il l’a obligatoirement fait lors de son arrivée en
Grande-Bretagne en 2010 car il a certainement été débriefé par les services spécialisés
dans les règles de l’art, durant de longues semaines. Enfin, il avait officiellement été
« pardonné » par le Kremlin comme cela a été évoqué plus avant.
Sans tomber dans l’angélisme, il convient de constater qu’assassiner Skripal allait à
l’encontre des usages en vigueur dans le domaine de l’espionnage. Il avait été condamné,
échangé puis pardonné. Il n’y avait pas de raison valable pour revenir là-dessus. (…)
Skripal ne se livrait pas publiquement à des actions pouvant être considérées par Moscou
comme anti-russes.
De plus, l’intérêt politique d’une élimination en cette période d’élection présidentielle en
Russie est plutôt contre-productif. Par contre, tous les anti-Poutine vont en faire leurs
choux gras et pour pouvoir poursuivre leur Moscou Bashing. Londres et Washington vont
plus en tirer profit que le Kremlin qui se retrouve une nouvelle fois dans la position
d’accusé. On peut d’ailleurs se demander si l’on n’assiste pas en l’espèce à une
« ingérence » étrangère dans le processus électoral d’un pays tiers…
(…). Les « grands » démocrates que sont les Anglo-saxons ne tolèrent les élections que lorsque les résultats correspondent à leurs attentes, sinon ils considèrent qu’il y a forcément eu « magouilles ».(…)

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